Qu’est ce que la Laque

LA MATIÈRE

La laque est à l’origine une résine végétale, issue de la sève d’un arbre de la famille des anacardiacées, le rhus vernicifera.

On trouve cette essence dans de nombreuses régions d’Asie : Chine, Corée, Japon, Viêt-Nam, Cambodge, Thaïlande, Birmanie.

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(Photo extraite du livre « Les secrets du Laque. Techniques et historique. Andrée Lorac-Gerbaud-Les Editions de l’amateur)

 

 

De cet arbre, on extrait une sève, qu’au Japon on nomme urushi.

Selon les régions d’Asie où pousse cet arbre, les techniques d’extraction diffèrent sensiblement. Néanmoins, comme le caoutchouc est tiré de l’hévéa, la récolte de laque se fait grâce à des incisions profondes à l’aide d’une sorte de serpe, la laque étant alors recueillie dans des petit seau. L’époque de récolte détermine la qualité et donc l’utilisation qui en sera faite, les meilleures laques étant réservées pour les vernis de finition

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(Photo extraite du catalogue d’exposition  « A sprinkling of gold », The Lacquer Box Collection of Elaine Ehrenkranz. Barbra Teri Okada- The Newark Museum)

A partir de cette laque brute, il va être procédé à une succession d’étapes de raffinage et de filtrage, les différents substrats obtenus étant utilisés comme suit :

  • Les premiers filtrats contenant encore des impuretés seront utilisés pour préparer les enduits préparatoires,
  • Les filtrats suivants plus raffinés serviront de liant aux pigments,
  • La laque la plus pure et dont on a retiré par évaporation l’eau superflue pourra être adjointe à d’un peu d’huile (haricot) en faible quantité. Elle sera utilisée comme vernis final.

D’un blanc laiteux, la laque se modifie au contact de l’air pour devenir brun transparent.

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La création du laque ( au masculin, l’ objet en laque) est soumis à 3 phases : la fabrication du support, l’application des couches préparatoires et la pose du décor.

LES SUPPORTS

Comme pour toutes les phases, la fabrication du support conditionne la qualité du futur laque.

Le matériau le plus couramment laqué est le bois mais au cours des siècles, des laques ont été exécutés sur des supports variés comme de la terre séchée, du plâtre, de la pierre, de la céramique, du papier, de l’os, de la vannerie, de la toile, du bambou ou du métal.

Mais ce qui prévaut généralement, c’est la recherche de matériaux alliant résistance et légèreté. La deuxième qualité recherchée pour ce support est qu’il soit le moins sensible possible aux variations de température et d’hygrométrie.

Au Japon, les laqueurs choisissent pour leurs pièces de haute qualité du cyprès, du thuya, parfois du magnolia, cerisier, cèdre du Japon (cryptomeria japonica) ou plus simplement du pin.

Mais c’est surtout dans la réalisation des objets qu’est porté toute leur attention :

Les objets sont fabriqués en bois tourné ou courbé ou en pièces de bois assemblées.

LE TRAVAIL DE LAQUAGE

Il consiste en différentes étapes successives, effectuées avec une perfection extrême dont dépendront la qualité et la pérennité de l’œuvre :

  • Les couches préparatoires : l’artiste pose un premier apprêt, le plus souvent un mélange d’argile et de laque, mais cela peut être aussi un mélange d’argile et de colle animale (poisson) ou de jus de kaki.

Parfois, une toile est appliquée pour renforcer certaines parties ou éviter des tensions dues aux assemblages.

D’autres couches d’apprêt plus fins sont alors déposés.

Chaque étape est poncée soigneusement, le ponçage étant une des clés du laquage réussi.

Vient ensuite, la pose d’un enduit de laque déposé au tampon, lui-même poncé une fois sec.

 

  • Les couches de laques : des couches de laques vont être déposées successivement, après séchage et ponçage de chacune.

Ce matériau possède des propriétés chimiques et physiques tout à fait particulières qui lui donnent ses qualités de grande résistance, d’inaltérabilité (une laque n’est soluble dans aucun solvant), ce brillant et cette transparence exceptionnels.

Ceci est dû à une composition chimique qui implique des conditions de séchage très spécifiques.

En effet, le film de laque ne sèche pas par évaporation d’un solvant mais par un processus de polymérisation sous certaines conditions qui sont :

  • Une humidité supérieure à 75%
  • Une température ambiante autour de 25°

Aussi traditionnellement, les artistes recréent cette atmosphère particulière en plaçant les objets dans une chambre de séchage, sorte d’armoire en bois que les laqueurs japonais appellent le furo.

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(Photo extraite du catalogue d’exposition  « A sprinkling of gold », The Lacquer Box Collection of Elaine Ehrenkranz. Barbra Teri Okada- The Newark Museum).

On a beaucoup rêvé sur le nombre de couches de laque déposées, toutes poncées avec la même minutie, les légendes parlent d’une trentaine de couches. Sans allez aussi loin, le nombre étant difficilement vérifiable, on peut dire plus justement que le nombre dépend du décor choisi par l’artiste.

 

  • Les décors

La laque offre une variété infinie de possibilité.

Sa beauté intrinsèque fait qu’elle est souvent utilisée sobrement sans ajout particulier : laque noir ou rouge uni.

Chaque pays, chaque culture , au cours de l’histoire rivalise dans la beauté des laques,utilisant des pigments de couleur, incisant la matière, gravant,incrustant des pierres, de la nacre, des feuilles de métal, plomb, argent, or.